La musique en hôpital de jour


           

Présentation de l'Hôpital de jour Gerland
 

          Dans le cadre de notre action EAMC, nous sommes intervenus à l’Hôpital de jour Gerland, une annexe de l’Hôpital Saint-Jean de Dieu. Ce qu’il faut savoir à propos de l’hôpital de jour, c’est que les personnes qui y sont en traitement ont fini leurs soins en hôpital psychiatrique : elles passent donc une ou plusieurs journées par semaine dans l’établissement en guise de transition depuis un traitement lourd en institut spécialisé vers un retour à la vie active. Les patients ont donc leur propre lieu de résidence, un travail pour certains, et viennent sur place recevoir un traitement et effectuer diverses activités proposées par l’établissement. Celles-ci comptent, entre autre, le modélisme, le jardinage, les groupes de paroles.
          C’est dans ce dispositif d’ateliers que nous nous sommes donc proposés afin de mettre en place un « groupe musique » pour les patients.

       Du fait des pathologies diverses des patients, nous avons été avertis de la difficulté d’adaptation de ceux-ci à de nouvelles activités et que notre action devrait prendre un format plus étendu afin de permettre à chacun de s’habituer au groupe, à l’activité. Les ateliers musique ont donc pris place tous les vendredis de 11h à 12h du 18 janvier 2019 au 12 avril 2019. Le nombre de patients changeait à toutes les séances : au début, ils étaient 7-8. Au fur et à mesure des séances, de nouveaux patients sont venus, nous avons atteint environ 15 personnes.
         Nous avons été sensibilisés au milieu, nouveau pour nous trois, au sein duquel nous allions interagir grâce à deux réunions préliminaires avec l’équipe médicale du lieu en question.
 

Ecoutes musicales

          
         L’introduction du dispositif s’est déroulée au travers d’écoutes musicales. Initialement, nous avons présenté des morceaux propres à nos esthétiques personnelles. Cela a agi comme complément de nos présentations plus « régulière » sous forme de prénom, formation, instrument. Nous avons pris soin de choisir des morceaux très différents et d'esthétiques différentes.
         
         Les morceaux que nous avons fait écouter :

       Suite aux écoutes de nos morceaux, nous avons distribué des papiers aux patients afin qu’ils puissent anonymement expliciter ce que les musiques entendues leur évoquaient. Cet anonymat permettait une totale liberté dans l’expression de l’individualité de chacun : nous lisions les papiers après chaque morceau, en prenant un temps pour discuter de ce qu’il y avait d’écrit dessus.
        La lecture des papiers s’est, d’abord sporadiquement, puis régulièrement ponctuée de commentaires de ceux qu'ils avaient écrit : c’était le début d’une expression de l’individualité face au groupe. En cela, ce procédé nous a semblé pertinent car il a permis d’instaurer un dialogue avec le groupe et au sein du groupe, si bien que nous en faisions au final partie. Les papiers ont progressivement été abandonnés pour des interventions directes.
         En outre, nous avons pu retourner le procédé afin que les patients et soignants puissent également se présenter d’une manière différente. La proposition aux patients de nous faire écouter des musiques qu'ils aimaient leur a permis d’exprimer leurs goûts artistiques de manière directe également. Au fur et à mesure que le dispositif s’est répété, de plus en plus de personnes ont amené des morceaux à faire écouter, avec un enthousiasme grandissant.

          Quelques exemples de morceaux que les patients ont partagé :
 
       Ce qui est intéressant avec ces écoutes, c’est qu’elles n’ont pas réellement permis l’intégration d’individus à un groupe, mais la création d’un groupe à part entière. Patients, soignants, intervenants ; nous avions tous une forme propre d’anxiété, d’appréhension, par rapport à ce dispositif. Ces multiples partages ont permis d’instaurer une ambiance, une ouverture des patients et, pour notre part, de surpasser nos peurs. En outre, cela a permis l’intégration de nouveaux membres en cour de route (car l’effectif était en changement perpétuel, avec une tendance à l’accroissement). Le succès du dispositif a même amené les soignants à faire une séance d’écoute sans nous pendant les vacances.
          

Divers ateliers
 

        Néanmoins, comme il l’a été évoqué, les patients présentent des troubles de l’attention, des difficultés à se concentrer. Il a donc été crucial de proposer une variété d’activités lors d’une même séance afin de garder leur attention. Tous n’avaient bien sûr pas les mêmes personnalités, donc pas les mêmes envies. Il a tout de même été possible d’en contenter la majorité à chaque séance.
Nous avons par exemple proposé des ateliers de soundpainting, une pratique de percussions corporelles, des simulacres de cours propres à nos esthétiques… Le tout s’est déroulé dans une juste répartition des rôles entre nous trois. Le souci que nous avions de contenter les patients au travers de ces processus a permis une entente croissante avec l’équipe médicale, ainsi qu’avec les patients. Chaque séance était clôturée par un petit débrieffing lors duquel les patients pouvaient nous exposer leur ressenti relatif à la séance passée. Ensuite, nous nous entretenions avec l’équipe médicale par rapport à notre posture, aux dispositifs.
          Toute activité confondue, le grand point fort a été la liberté présente au sein de ces ateliers. En effet, très peu de consignes étaient énoncées, il n’y avait aucune obligatin de participation. Cette liberté permettait une participation assez naturelle, en parallèle d’une ambiance tout à fait cordiale et détendue.
Ce qui était beau, c’était le constat que nous pouvions faire de l’évolution de l’ambiance des ateliers. D’une atmosphère craintive aux premiers abords, nous sommes arrivés à une entente globale et chaleureuse. Observer des signes de camaraderies entre patients a été, pour nous, très émouvant. Aussi, ceux-ci étaient graduellement plus propices à sourire, à nous faire part personnellement de leurs ressentis sur les activités, à blaguer…
          C’est dans cet esprit de groupe positif que nous avons pu introduire le projet majeur de notre dispositif.
 

Projet final

       Celui-ci consistait en une écriture de texte sur le principe des haikus, des poèmes japonais très courts constitués de trois vers. Il nous a semblé pertinent d’utiliser cet exemple de poésie car le haiku repose sur une description, une captation d’un moment de la vie, d’un paysage ; permettant ainsi d’entrevoir des idées pour les moins inspirés.
Le but allait être de mettre en musique ces textes en utilisant le piano et les percussions corporelles, sur des inspirations de rythmes de rap.
        Ainsi, le groupe allait être amené à écrire, jouer, chanter ou rapper… Ce projet nous permettait de proposer une variété d’activité permettant de maintenir la concentration et un moyen nouveau de s’exprimer : le texte. Le but était de faire ressortir les émotions, les ressentis de chacun au travers de cela. C’est une activité qui a été très positivement reçue, car même ceux qui ne se sont pas sentis d’écrire un texte ont tout de même pu jouer. La mise en place d’un atelier piano a permis de faire jouer ceux qui ne voulaient pas écrire, ou qui voulaient simplement essayer l’instrument ; Ont été également proposés : un atelier rythmique pour les percussions corporelles et un atelier d’écriture.
          
          La finalité du projet était d'effectuer un enregistrement, réalisé à l’aide d’un enregistreur portable très simple, du travail mené avec les patients.
       Ici, le groupe a été invité à introduire un élément de composition au travers de choix rythmiques particuliers, de moments de silences… Des évènements musicaux ponctuant la production. Le fait d’enregistrer a gonflé le moral du groupe car il a permis un objectif commun pour lequel chacun s’est affairé à faire de son mieux.
La motivation était réelle, et se manifestait parfois ouvertement chez certains : l’un des patients arrivait en séance avec son texte dans les mains, et en ayant travaillé dessus chez lui.


Conclusion
 

          A l’issue de ce projet final, nous avons fait une séance d’écoute avec l’équipe médicale, ainsi qu'une séance de débrieffing. L’intervention a été positivement reçue par l’hôpital, par les patients et par nous-même. Il y a eu beaucoup d’étonnement chez les médecins, qui n’en revenaient pas que tel ou tel patient se présente investi d’un tel engouement, chante, joue…
        L’écoute, le jeu, l’écriture, la communication, la manipulation d’éléments musicaux (comme par exemple l’adaptation des nuances sonores lorsque quelqu’un doit chanter), sont autant de paramètres qui ont permis aux patients de se réaffirmer, de s’exprimer et de contempler leur propre capacité à interagir dans un tel dispositif. Pour nous, ce projet a été humainement fort, car nous avons constaté cette évolution depuis son point de départ, jusqu’à notre propre départ. Voir ces gens qui ont souffert de grandes difficultés dans leurs vies, éprouver du bonheur, sourire, rigoler et communiquer. Le sourire d’un patient quand il tient une guitare dans les mains, la beauté d’un texte présentant de manière émouvante l’affliction d’un autre ; voilà ce qui constitue, pour nous, l’aspect positif de ce projet.
 

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