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Concert à l'hôpital

 
Concert à l’hôpital
Réflexion sur une action à l'hôpital femmes et enfants de Lyon

 

Dans le cadre de notre formation au DE, à travers le cours d’EAMC (Enseignant: Artiste Médiateur dans la Cité), il nous a été demandé d’intervenir musicalement dans le lieu de notre choix et de créer notre action. Nous avons alors choisi d’intervenir dans le cadre hospitalier. En effet nous avions tous très peu d’expérience et d’idée concrète sur le déroulement d’une action dans le cadre hospitalier et cela nous a paru très intéressant d’y aller en plus de nous plaire éthiquement parlant. Le hasard faisant que nous avions le numéro du responsable des actions culturelles de l'hôpital femmes et enfants de Lyon, la création de l’action s’est orientée sur un concert à destination des patients enfants présents surtout sur de long séjours. Nous nous sommes concertés plusieurs fois en amont avec Monsieur Philippe Bonhomme, le responsable, pour organiser nos visites, et les encadrer.
 
 



Conception / Réalité ? 

Lors de notre intervention, nous avons été amenés à jouer pour différents malades. Certains sont là pour un séjour très court à l'hôpital et d’autres sont là depuis longtemps voire pour une période indéterminée. Parce que nous avons choisi de ne passer qu’une après-midi par service, nous n’avons pu proposer qu’un type d’action. Il s’agissait d’un concert musical avec l’idée d’apporter une vague de fraîcheur et de rayons de soleil, une parenthèse dans le séjour hospitalier de ces enfants. 
Pour des enfants dont le temps à l'hôpital était défini et court, comme par exemple dans le service de post chirurgie, ce type d’action nous a semblé vraiment intéressante. De plus, le côté éphémère n’était pas dérangeant. Après tout, dans ce cadre il n’était pas possible et d’ailleurs pas nécessaire d’instaurer quelque chose de régulier. Mais pour les patients réguliers, une action répétée de façon hebdomadaire ou mensuelle nous a semblé intéressante car elle aurait permis d’envisager autre chose qu’un concert. Une fréquence régulière permettrait ainsi de proposer des cours d’instrument individuelle par exemple, des activités nécessitant du temps (apprentissage de technique instrumental, de chanson, de rythmique, création ou fabrication d’instrument etc…), mais également à faire entre deux interventions ou amenant une réflexion (par exemple une composition ou une question). Par ailleurs on pourrait inclure les parents dans l’activité permettant un jeu en famille et aussi d’alléger leur moral lors des visites. Bien sûr, la responsable de chaque service propose des jeux de société à cet effet, mais il nous a semblé intéressant de pouvoir proposer autre chose afin de varier le choix des enfants. Nous ne disons pas que le concert n’est pas intéressant, mais il a, de notre point de vue, ses limites. Surtout s’il y a peu de propositions différentes à côté, comme par exemple une action hebdomadaire. 
Le concert étant pour nous un évènement exceptionnel qui tire son intérêt de ce fait.




Quel répertoire ?

En plus du choix de la fréquence de l’action, le choix du genre, du style de musique joué nous a semblé très important, surtout dans le cas où l’envie du musicien est d'apporter une touche positive. Dans notre cas d’action très exceptionnel et unique, nous avons choisi de jouer de la musique latine. Plusieurs raisons ont guidé ce choix. La première fût d’adapter le répertoire à notre formation (flûte, percussions et piano), le répertoire traditionnel ou jazz s’est alors montré intéressant. Il nous est alors venu l’idée de la musique sud-américaine avec son côté que nous trouvons lumineux, dansant, à la fois joyeux et mélancolique. C'est une musique qui parle (à notre avis) à tout le monde, parents ou enfants ou même au personnel hospitalier. Lors de notre action, nous avons pu vérifier ces premières intuitions. A part de rares exceptions, les enfants ont apprécié nos interventions. Les sourires du personnel hospitalier y ont contribué également ainsi que l’enthousiasme des parents bien présent.
Une autre force de ce choix de répertoire a été sa rapidité d’élaboration et la souplesse des formes et structures qui le compose. Le fait de jouer sur des grilles avec la possibilité d’improviser nous a permis d’allonger ou de raccourcir nos interventions selon l’envie exprimée par l’enfant exprimée ou selon notre propre ressenti. Celui de l‘éducatrice, quand la communication était réduite, nous a été fort utile dans les cas où il y avait impossibilité de parler avec le ou les enfants ou que la timidité vis-à-vis de trois jeunes adultes débarquant d’un coup dans une chambre privée était trop grande.
Dans le choix plus précis des pièces jouées, nous nous sommes servis du fait qu’un de nous composait, et de notre connaissance du répertoire. Ainsi, nous avons pris deux compositions de notre percussionniste Joseph, et y avons ajouté La Carioca, thème plus connu des adultes puisque provenant de La Cité de La Peur, film humoristique des années 2000 (cela a souvent plu aux parents les intégrant ainsi dans le concert, ou a particulièrement amusé le personnel hospitalier trop content de reconnaître une des pièces). Pour le dernier choix, nous avons voulu varier les timbres en choisissant une chanson, encore tirée d’un film, Chan-chan et dont le thème est passé à la postérité. Ce choix nous a plu, malgré le fait que Paul ne soit pas chanteur. Mais il ne nous a pas semblé très bien accueilli par le public, peut-être à cause de son côté nostalgique.
Nous en sommes donc arrivés à la conclusion qu’il vaut mieux prendre un programme joyeux, des musiques légères, mais sans exclure une œuvre plus mélancolique voire triste bien que plus dure à entendre par les enfants ou même les parents. Ce programme doit être connu par cœur afin de réduire au maximum le matériel nécessaire. Le temps d'installation doit être pris en compte en fonction de chaque chambre sans que cela puisse nuire au contact entre le patient et les musiciens notamment quand la taille des chambres est petite. Comme nous le disions plus haut, une structure couplet/refrain ou thème/variation est bien adaptée à ces concerts puisque adaptable en live.




Comment s’adapter aux enfants ? 

Au cours de notre action, nous n’avons pas eu le choix de choisir dans quel département, secteur, nous allions jouer, ni le choix des enfants malades. Nous avons rencontré des enfants de tout âge et présents à l’hôpital pour des durées variables. Ils étaient affectés par diverses pathologies, physiques et/ou mentales. Nous étions donc dans une adaptation constante. Les circonstances de la journée pouvaient faire que certains enfants étaient en salle d’opération, en dialyse ou faisaient la sieste. Nous avons donc navigué entre les chambres où l’éducatrice spécialisée nous proposait d’aller, mais également en adaptant notre répertoire. Certaines fois il nous était nécessaire de jouer en dehors de la salle pour ne pas être trop bruyant pour les enfants. Pour d’autres, il n’y avait aucun problème à jouer plus fort. Par exemple, il y a eu cet enfant autiste qui était très sensible au bruit. On a commencé à jouer le morceau Chan Chan, mais il s'est bouché les oreilles tout de suite. C’est ce genre de signes auxquels nous avons été attentifs. Souvent, nous nous sommes demandé si les enfants avaient apprécié ce qu’on leur avait joué. Parfois, il a été plus difficile d’analyser leurs réactions, surtout lorsqu’il s’agissait de jouer devant de très jeunes enfants. Certains sont restés peu réactifs quand d’autres ont fait des gestes très révélateurs, se montrant ravis. 
Il y avait parfois des parents en visite et nous avons pu observer différents rapports entre eux et leurs enfants. Certains étaient très heureux de notre intervention, mais d’autres étaient moins réceptifs.
Le dernier jour, il nous est arrivé de jouer juste après l’intervention des clowns, en dialyse, ces derniers ont participé à notre petit concert en mettant l’ambiance. Et heureusement qu’ils étaient là ! Nous avons constaté que notre rapport était plus facile face aux enfants qui dansaient, jouaient sur leurs lits, chantaient ou demandaient de jouer une chanson qu’ils connaissaient après que les clowns soient passés. La salle de dialyse est plus grande, et la disposition des lits a facilité une ambiance "concert/spectacle". Cela a beaucoup joué au niveau du rapport avec les enfants, contrairement aux autres jours de notre action où nous sommes arrivés à l’improviste, dans des petites chambres. Parfois ils étaient deux mais souvent l’enfant était tout seul dans son lit et ne nous attendait pas forcément. Le fait d’arriver souvent après l’heure de la sieste a parfois été un frein. Il y avait un côté intrusif avec lequel on a dû faire face. Moins d’enthousiasme chez l’enfant, plus de réticence. Il a été donc vital pour nous d’être à leur écoute, de repérer leur langage corporel pour pouvoir limiter au maximum l’aspect d’intrusion. Tandis qu’en dialyse, le matin, les enfants ont été prévenus et nous attendaient depuis une semaine. Ainsi, ce rapport a complètement changé notre intervention et l'a rendue encore plus pertinente. 
Tout comme la relation avec les parents qui a bien fonctionné. Il y a souvent eu des échanges avec les adultes (parents, infirmières, médecins et éducatrices spécialisées). Nous avons sélectionné La Carioca que l’on a joué non seulement pour faire plaisir aux enfants mais également aux parents et au personnel de l’hôpital qui en plus ont saisi la référence. Cela leur a redonné le sourire et un brin d’air frais au cours de la journée face à la fatigue et aux difficultés. 
L'hôpital nous a paru calme car nous sommes arrivés en milieu de journée à l’heure de la sieste pour la majorité des patients. Nous avons ressenti une certaine torpeur. En venant pour les dialyses le matin il nous a semblé que c’était plus approprié pour une action musicale (en plus du fait du groupe et des clowns).
 









Conclusion
 
 
Jouer pour des enfants malades dans un hôpital a été pour nous une bonne expérience. De plus, plusieurs apprentissages en ressortent : 
- comment se comporter dans un hôpital (en tant que musicien)
- savoir percevoir le ressenti du patient et adapter son approche en fonction de chaque enfant
- savoir quand s’arrêter, quand aller plus loin. Il ne faut pas oublier que ce genre d’intervention reste très intrusive, et si le patient n’est pas d’accord il faut respecter son choix. On est là pour eux et non pas l’inverse.
En revanche, nous nous questionnons sur la réelle utilité d’un projet si court. Certes les enfants ont été contents de nous voir et de pouvoir entendre de la musique en direct, mais il n’y a pas eu de vrais échanges. Nous entendons par là une discussion avec l’enfant pour mieux le connaître par exemple, savoir ce qu’il aime, lui faire essayer les instruments, jouer avec lui. Cela demanderait plus de temps, il faut l’admettre, mais constituerait un projet plus profond et efficace que celui-ci. 
Le fait d’inclure un suivi serait à notre avis une bonne chose également. Nous parlons donc d’un projet à long terme avec des patients qui sont hospitalisés depuis longtemps ou pour une durée indéterminée. Il nous a semblé que ce n’est pas un passage de trois musiciens tous les 3 mois qui va égayer leur quotidien. Cela dit, pour des patients qui sont là pour seulement quelques jours et, une ou deux semaines, ce format correspond très bien. Ce ne sont pas ceux qui ont le plus besoin d’avoir un sentiment de quotidien “normal”, ils retourneront bien assez tôt retrouver leurs familles et amis, ce qui n’est pas le cas d’un patient qui est alité en permanence.
Malgré toutes ces bonnes rencontres, avec les enfants et la famille mais aussi avec le personnel, il y a cependant quelque chose qui nous a manqué. Le fait d’avoir plusieurs enfants ensemble en salle commune pour que l’on puisse les faire participer à des activités de groupe. Nous n’avons pas eu l’occasion de mettre en place des petits jeux musicaux avec eux et c’est dommage. Inclure des temps d’activités musicales communs nous paraît important pour que les enfants puissent aussi communiquer entre eux et s’amuser comme dans un temps périscolaire par exemple. Nous sommes convaincus que des temps comme ceux-ci prévus de manière hebdomadaire amélioreraient grandement leur vie à l’hôpital. 
Pour nous, l’expérience idéale à nos yeux serait une intervention le matin, hebdomadaire, avec la possibilité de regrouper au maximum les enfants et de les faire pratiquer, créer, en leur laissant en plus de potentielles activités à finir dans la semaine. En parallèle, il serait intéressant d’avoir régulièrement d’autres intervenants avec soi et d’organiser des concerts qui viendraient compléter l’intervention de manière exceptionnelle.

 


Par rapport au confinement : Nous avons fini notre action un peu avant le premier confinement, nous supposons qu’il a dû être difficile d’intervenir à l’hôpital suite à la crise sanitaire. Nous pensons qu’il est donc nécessaire et indispensable d'organiser des actions au sein de l’hôpital, pour les enfants comme les personnels car ce genre d’action fait partie du processus de guérison et de bien-être du patient. 



Liens des musiques interprétés: 
La Carioca
Chan-Chan


Remerciements à Philippe Bonhomme, responsable du Service Culturel de l’Hôpital Femme-Enfants, et aux éducatrices spécialisées, mais également à Philippe Genet et Noémi Lefebvre pour nous avoir accompagnés dans notre action. 



 

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Commentaires (1)

  • travail en cours

    juil 05, 2021

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